Considérons une situation courante : vous avez une opinion nuancée sur un sujet, mais lors d'une réunion ou d'une visite chez des amis, une figure d'autorité ou la majorité exprime un avis tranché. Parfois, par souci de conformisme, par peur du conflit ou simplement pour "coller" au groupe, vous vous surprenez à acquiescer, voire à adopter cet avis comme le vôtre.
C'est ici que la psychologie rejoint la philosophie. Sommes-nous simplement "faux" ou inauthentiques dans ces moments-là ? Jean-Paul Sartre aurait probablement parlé de mauvaise foi. Pour lui, la mauvaise foi est l'attitude de celui qui se ment à lui-même pour fuir sa propre liberté et la responsabilité de ses choix. En nous conformant à l'avis d'autrui pour éviter l'inconfort du désaccord ou de la solitude, nous agissons comme si nous n'avions pas le choix, comme si notre pensée était déterminée par l'extérieur. C'est une forme d'inauthenticité où l'on se fige dans un rôle pour ne pas affronter la complexité d'être soi-même.
Ce mécanisme se généralise : nous choisissons nos sources d'information, nos amis, et même nos expériences de vie pour qu'ils renvoient une image cohérente et rassurante de ce que nous croyons déjà être vrai.
Le Biais de Confirmation face à la Thérapie
Ce piège cognitif devient particulièrement redoutable lorsqu'il s'applique à la démarche thérapeutique. Face à la souffrance ou à un besoin de changement, le biais de confirmation peut se transformer en un obstacle majeur, nourri par des expériences passées décevantes.
Vous pourriez vous dire :
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"J'ai déjà essayé plusieurs fois et ça n'a jamais marché." C'est l'argument ultime du biais de confirmation. En focalisant uniquement sur les échecs passés, vous confirmez votre croyance que "la thérapie ne fonctionne pas pour vous". Vous ignorez la possibilité que les contextes, les thérapeutes ou vos propres dispositions aient changé.
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"Tous les psys sont pareils." C'est une généralisation abusive, une autre forme de filtre. En regroupant tous les professionnels sous une même étiquette négative, vous validez votre décision de ne pas retenter l'expérience. Pourtant, les approches (TCC, psychanalyse, systémie, EMDR...) et les personnalités des thérapeutes sont infiniment variées.
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"Toutes les psychologies se valent." C'est le pendant relativiste du point précédent. Si "tout se vaut" et que rien n'est vraiment efficace, alors pourquoi s'embêter à chercher ? C'est une rationalisation confortable pour rester dans le statu quo.
Briser le Filtre pour Franchir le Pas
En réalité, céder à ces pensées, c'est s'enfermer dans la "mauvaise foi" sartrienne. C'est utiliser des échecs passés comme une excuse pour renoncer à sa liberté de tenter un nouveau changement aujourd'hui.
Toutes les psychologies ne "valent" pas la même chose pour votre problématique spécifique, et tous les psys ne sont pas pareils. L'échec d'une tentative passée ne prédit pas l'échec de la suivante, surtout si vous abordez la démarche différemment.
La solution n'est pas d'attendre d'être certain que "ça va marcher". La solution est de reconnaître que votre cerveau vous tend un piège pour vous maintenir dans votre zone de confort (même si elle est douloureuse). L'important n'est pas de croire, mais de franchir le pas et de tester. Non pas pour confirmer une énième fois que ça ne marche pas, mais pour vous donner une chance réelle de découvrir que, cette fois-ci, dans ce nouveau contexte, avec ce nouveau thérapeute, cela pourrait être différent.
En fin de compte, la thérapie est une expérimentation. Pour la réussir, il faut accepter de déposer, au moins temporairement, le filtre de nos convictions passées pour laisser place à l'expérience présente.