Ostraciser… Mais au fait, qu’est-ce qu’une huître vient faire là-dedans ?

Publié le 5 septembre 2026 à 22:56

Le mot « ostraciser » vient du grec ostrakon, qui désignait notamment un morceau de coquille ou de poterie utilisé pour inscrire le nom d’une personne que l’on souhaitait exclure de la cité.

Étrange, non ?

Exclure quelqu’un et l’huître se retrouvent ainsi, quelque part, dans la même histoire de mots.

Et cela me fait penser à une phrase attribuée à Rubem Alves :

« Une huître heureuse ne fait pas de perles. »

La métaphore est belle… mais elle mérite d’être questionnée.

La perle apparaît lorsqu’un élément étranger vient perturber l’huître. Quelque chose entre. Quelque chose dérange. Quelque chose qu’elle ne peut pas simplement ignorer.

Alors elle réagit.

Elle recouvre cette irritation, couche après couche, jusqu’à produire quelque chose de nouveau.

Mais faut-il vraiment souffrir pour créer quelque chose de précieux ?

Je ne le crois pas.

Et surtout, il ne faudrait pas transformer la souffrance en obligation : « Si tu vas mal, c’est que tu es en train de devenir plus fort. »

Non.

Parfois, souffrir signifie simplement que quelque chose ne va pas.

Et parfois, ce qui nous fait souffrir n’est pas en nous.

C’est l’environnement.

C’est le regard des autres.

C’est l’obligation de se conformer.

C’est devoir constamment expliquer pourquoi on ne fonctionne pas comme tout le monde.

C’est apprendre à sourire alors qu’à l’intérieur, on est épuisé.

C’est faire semblant que tout va bien.

Et si, parfois, « lâcher prise » signifiait justement arrêter de faire semblant ?

Arrêter de prétendre que le bruit ne nous dérange pas.
Que la surcharge ne nous épuise pas.
Que les interactions sociales sont toujours faciles.
Que l’on comprend spontanément les règles implicites.
Que l’on n’a pas besoin d’aménagement.
Que l’on peut travailler exactement comme tout le monde.

Parce qu’à force de vouloir paraître « normal », certaines personnes finissent par consacrer une énergie considérable à masquer ce qu’elles vivent réellement.

C’est particulièrement important lorsqu’on parle de neurodiversité.

On estime qu’environ 15 à 20 % de la population mondiale pourrait être concernée par une forme de neurodivergence. Pourtant, la compréhension de la neurodiversité reste encore inégale, y compris dans le monde professionnel.

Et lorsque l’environnement ne permet pas d’être soi-même, les conséquences peuvent être lourdes : conflits, exclusion, épuisement, détresse psychologique, désengagement… mais aussi gaspillage de compétences et de talents.

La question n’est donc peut-être pas seulement :

« Comment faire pour que cette personne s’adapte ? »

Mais aussi :

« Qu’est-ce qui, dans notre environnement, pourrait être adapté pour qu’elle puisse réellement fonctionner ? »

Car il existe une différence fondamentale entre s’adapter et se masquer.

S’adapter peut être apprendre quelque chose de nouveau.

Se masquer, c’est parfois devoir cacher une partie de soi pour être accepté.

Et peut-être que notre objectif ne devrait pas être de fabriquer des « perles » à partir de personnes ostracisées.

Peut-être devrait-on plutôt construire des environnements dans lesquels il n’est plus nécessaire de souffrir pour avoir le droit d’exister, de travailler et d’apporter sa valeur.

Une huître n’a peut-être pas besoin d’être malheureuse pour être précieuse.

Et une personne non plus.