Le diplomate, le diplôme et la valeur de ceux qui savent

Publié le 20 octobre 2026 à 15:15

Il y a quelque chose d’intéressant dans la proximité des mots diplôme et diplomate. Tous deux portent une histoire de reconnaissance officielle, de savoir et de légitimité. Mais que reconnaît-on exactement lorsqu’on remet un diplôme ? Et que vaut celui qui le reçoit ?

Le mot diplôme vient du grec ancien díplōma, qui désignait une feuille ou une tablette pliée en deux. Passé par le latin diploma, le terme a progressivement désigné un document officiel attestant un droit, un titre ou un privilège. Le diplôme n’était donc pas, à l’origine, simplement le symbole d’un savoir : il constituait aussi une preuve reconnue par une autorité. 

Le mot diplomate, quant à lui, est apparu en français au XVIIIe siècle. Il est dérivé de diplomatique, sur le modèle d’aristocratique/aristocrate. Aujourd’hui, il désigne celui qui représente officiellement son pays auprès d’autres États, mais aussi, au sens figuré, une personne capable de négocier avec tact et habileté. 

Et pourtant, une question demeure : à quel moment avons-nous commencé à confondre la reconnaissance d’un parcours avec la valeur d’une personne ?

Nous vivons dans une société où les diplômes constituent des repères importants. Ils attestent une formation, un apprentissage, des connaissances acquises et, selon les professions, des compétences évaluées. Ils peuvent ouvrir des portes, garantir un niveau de qualification et protéger le public contre l’exercice de pratiques pour lesquelles une formation est indispensable. Il serait injuste de nier le travail, la persévérance et les exigences qui se cachent derrière certains parcours universitaires.

Mais il serait tout aussi naïf de croire qu’un diplôme résume tout ce qu’une personne sait, comprend ou peut apporter.

Un diplôme atteste un parcours à un moment donné. Il ne garantit pas que son titulaire saura écouter, coopérer, reconnaître ses erreurs, exercer son jugement ou traiter autrui avec respect. Il ne mesure pas nécessairement la créativité, la capacité à apprendre de l’expérience, l'intelligence relationnelle ou le courage de remettre en question ses propres certitudes.

Inversement, l’absence de diplôme ne signifie ni absence d’intelligence, ni absence de compétences, ni absence de connaissances. Des personnes apprennent par l’expérience, par la transmission, par la pratique, par l’observation et par la nécessité. Certaines possèdent des savoir-faire remarquables sans avoir jamais eu l’occasion de les faire reconnaître par une institution.

Alors, quelqu’un qui possède plusieurs diplômes de grandes écoles vaut-il davantage que quelqu’un qui n’en possède aucun ?

Sur le marché du travail, certains titres peuvent avoir une valeur économique et sociale considérable. Dans des domaines réglementés, ils sont même indispensables. Mais cette valeur institutionnelle ne doit pas être confondue avec une supériorité humaine.

Un diplôme peut donner accès à une fonction ; il ne confère pas un droit à mépriser ceux qui n’ont pas suivi le même chemin. Il peut témoigner d’un savoir ; il ne dispense pas de continuer à apprendre. Il peut légitimer une expertise dans un domaine précis ; il ne transforme pas son titulaire en autorité universelle sur tous les sujets.

Et si nous nous trompions lorsque nous cherchons à hiérarchiser les personnes à partir de leurs titres, comme si l’accumulation de diplômes pouvait devenir une accumulation de valeur humaine ?

La véritable question n’est peut-être pas de savoir qui possède le plus de diplômes, mais ce que chacun fait de ce qu’il a appris. Le savoir peut devenir un outil de compréhension, de partage et d’émancipation. Il peut aussi devenir un instrument de distinction, une frontière entre ceux qui se croient autorisés à parler et ceux auxquels on demande de se taire.

La connaissance devrait nous rendre plus capables de comprendre la complexité du monde, pas plus prompts à juger ceux qui ne possèdent pas les mêmes références. Plus nous apprenons, plus nous devrions pouvoir reconnaître les limites de ce que nous savons.

Peut-être est-ce là une forme de diplomatie : savoir entrer en relation avec des personnes qui ne partagent ni notre formation, ni nos références, ni nos convictions. Non pas renoncer à nos exigences, mais comprendre que la compétence ne s’exprime pas uniquement dans les titres, et que l’intelligence ne se réduit pas à la capacité de les collectionner.

Un diplôme peut certifier un savoir. Il ne certifie ni la sagesse, ni la bonté, ni la valeur d’un être humain.

Il est légitime de reconnaître les compétences, de rémunérer l’expertise et d’exiger des qualifications lorsque la responsabilité l’impose. Mais il est dangereux de transformer ces différences en hiérarchie des personnes.

Car une société qui respecte uniquement les savoirs estampillés risque de passer à côté de toutes les connaissances qui ne portent pas de sceau officiel.

Au fond, le diplôme devrait être une preuve de ce que nous avons appris, jamais une preuve que nous valons davantage que les autres.

La véritable valeur du savoir ne réside peut-être pas dans le titre qu’il nous permet d’obtenir, mais dans la manière dont nous choisissons de nous en servir.