On aime parfois croire qu’il existe des personnes gentilles et des personnes méchantes.
Celles qui font du bien, et celles qui font du mal.
Celles qu’il faudrait garder près de soi, et celles dont il faudrait se protéger.
Mais la réalité est probablement moins confortable.
Personne n’est vraiment méchant avec tout le monde.
Et personne n’est vraiment gentil avec tout le monde.
Nous pouvons être tendres avec certains et durs avec d’autres. Généreux dans une relation et égoïstes dans une autre. Capables d’une immense attention un jour, puis de froideur, de jugement ou même de cruauté à un autre moment.
Parce que notre façon d’être en relation ne dépend pas uniquement de « qui nous sommes ». Elle dépend aussi de ce que la relation réveille en nous : nos blessures, nos peurs, nos besoins, notre sentiment de sécurité, notre histoire… et parfois nos propres limites.
Alors, peut-être que la question n’est pas :
« Suis-je quelqu’un de gentil ou de méchant ? »
Mais plutôt :
« Quelle partie de moi est-ce que cette relation fait émerger ? »
L’amour peut révéler notre meilleur côté.
Mais il peut aussi réveiller notre possessivité, notre peur de perdre, notre besoin de contrôler, notre jalousie ou notre colère.
Et parfois, nous devenons « méchants » non parce que nous sommes mauvais, mais parce que nous sommes blessés, épuisés, menacés ou incapables de trouver une autre manière de nous protéger.
Cela n’excuse pas tout.
Comprendre n’est pas justifier.
Avoir souffert ne donne pas le droit de faire souffrir.
Et être gentil ne signifie pas tout accepter.
Mais peut-être pouvons-nous choisir d’éveiller davantage notre côté gentil.
Pas pour être aimés.
Pas pour être validés.
Pas pour obtenir quelque chose en retour.
Pas pour devenir « la bonne personne » dans le regard des autres.
Pour notre propre santé mentale.
Parce que la gentillesse véritable n’est pas une soumission.
Elle peut être une manière de vivre avec moins de violence intérieure.
Dire merci.
Écouter.
Ne pas humilier quand on pourrait le faire.
Réparer quand on a blessé.
Poser une limite sans détruire l’autre.
Quitter une relation sans chercher à punir.
Reconnaître que l’autre n’est pas toujours notre ennemi.
Et surtout, accepter cette idée peut-être la plus difficile :
Nous avons tous en nous un amour gentil et un amour vilain.
La maturité n’est peut-être pas de supprimer le second.
Elle consiste plutôt à savoir le reconnaître avant qu’il ne prenne toute la place — et à choisir, autant que possible, lequel nous voulons nourrir.
Car finalement, être gentil n’est pas seulement quelque chose que l’on offre aux autres.
C’est aussi une manière de ne pas empoisonner sa propre vie.